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Histoire d'anoure d'Angelin Preljocaj Version imprimable Suggérer par mail

 Taktik, juillet 1995

 Histoire d'anoure


L'anoure à Châteauvallon ou La Voix perdue à Avignon, pourtant il s'agit bien de la même création d'Angelin Preljocaj.

Le chorégraphe a décidé de mettre en scène un conte de Pascal Quignard La voix perdue, une histoire où il est question d'accident, de fantômes, de grenouilles, d'anoure...

 

Un hymne à l'amour des anoures, ceux-là même que l'on peut entendre coasser certains soirs d'été, le chant des batraciens, crapauds, grenouilles ou rainettes. Des animaux sans queue qui perdent soir après soir leur voix à parler d'amour. Angelin Preljocaj avant de quitter définitivement Châteauvallon, lieu où il avait installé sa compagnie depuis janvier dernier, propose l'histoire de Jean du Vair, un jeune homme qui vient de perdre ses parents dans un accident de carrosse au bord d'un étang, dans une région inconnue.
Exercice périlleux que de raconter une histoire sans tomber dans la description. Et l'ange ne tombe pas ! Pour décor, un cube noir très sobre qui se transforme en dix-sept morceaux que les danseurs déplacent. Les danseurs, pour Preljocaj, sont des anges qui ont définitivement renoncé à la parole, le texte est donc conté par le chorégraphe sur la bande-son, même si celui-ci est également présent sur scène tout de blanc vêtu dans le rôle du narrateur.
Une belle histoire que celle de Pascal Quignard, auteur de nombreux ouvrages dont celui qui devait être adapté par Alain Corneau Tous les matins du monde, une histoire entre deux eaux où on ne sait plus bien si les femmes sont réellement des femmes ou bien des grenouilles, des fantômes. Pourtant c'est clair, « des morts noyés deviennent des rainettes. Les morts incinérés deviennent des papillons Tout le monde sait cela. Les morts inhumés deviennent des serpents. Seuls les morts ensevelis dans la terre consacrée deviennent des anges… »
Mais quand même, Jean du Vair a besoin de l'avis du curé : « Quelle est la différence entre les anges et les fantômes ? La surface de l'eau, lui répondit le curé »
Les danseurs portent la pièce avec une gestuelle précieuse et sensible. Ce soir là à Châteauvallon, il faisait bon entendre le chant des rainettes mêlé à celui des vivants.

Murielle Foulon