Menu Content/Inhalt
-:[]:- arrow Humeurs arrow Marseille, la cosmopolite
Marseille, la cosmopolite Version imprimable Suggérer par mail

Taktik n° 349 / février 1996


EDITO

Marseille, la cosmopolite refuse depuis des années la construction d’une mosquée.

Marseille, la tolérante, laisse ses musulmans pratiquer leur culte dans des caves ou des petites salles vétustes. La période du ramadan repose la question avec encore plus d’acuité. Le grand mufti de Marseille, Soheib Ben Cheikh, en place depuis le printemps dernier, réitère la demande.


Cependant, les récentes déclarations de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et par ailleurs ministre de l’Intégration, semblent définitivement enterrer le projet, si l’on en croit un article du Provençal du 5 février 1996. Celui-ci argumente son refus d’une manière pour le moins surprenante. Il évoque tour à tour la laïcité, rappelant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les problèmes d’urbanisme que poserait la construction d’une mosquée dans le paysage marseillais et puis « le sentiment d’une population qui, majoritairement, n’adhère pas à la religion islamique ».
Évoquer la séparation de l’Eglise et de l’Etat, alors que quelques jours auparavant le président de la République Française, Jacques Chirac, n’a pas hésité à réaffirmer au nom de tous les Français son attachement à la religion catholique. République laïque alors que la mort de François Mitterrand a fait l’objet d’une grande messe à Notre-Dame de Paris. L’hommage choisi du chef de l’Etat à son prédécesseur n’avait rien de républicain. S’agissait-il seulement d’un petit dérapage incontrôlé ? Ou bien d’un mouvement plus profond qui enracine les liens de certains membres de la majorité avec des organisations intégristes catholiques telles que l’Opus Dei ?
Laïcité réaffirmée alors que fleurissent sur toutes les bouches des ministres des mots évoquant les valeurs catholiques. Et encore s’il ne s’agissait que de mots, mais des lois les accompagnent, proscrivant ainsi ceux qui ne seraient pas encore rentrés dans les rangs des défenseurs de l’ordre et de la morale.
Les tartuffes sont de retour trois siècles après la mort de Molière. Dénonçant les méfaits de l’intégrisme musulman, ils semblent atteints de cécité devant l’intégrisme catholique, et le discours du Vatican qui continue inlassablement ses ravages.
Le maire de Marseille n’hésite pas à distinguer deux populations qui seraient d’un côté la population marseillaise et de l’autre la population musulmane. Le ministre de l’Intégration sous-entendrait-il que la population d’obédience musulmane ne serait pas marseillaise ?
La démagogie semble rattraper le maire de Marseille, qui fut, rappelons-le, élu à la présidence du Conseil régional, en 1986, avec l’apport des voix du Front national.
Jean-Claude Gaudin ne serait-il plus le maire de tous les Marseillais ?

Murielle Fourlon